Julie(t)-Duet in Absentia
Revue de presse Julie(t)
Fiche d’accueil Julie(t)
Fiche technique Julie(t)
Création 2008 / Duo, durée 50 minutes
Distribution
Conception artistique, chorégraphie et interprétation / Jasmina Prolic
Conception technique et multimédia et interprétation / Hubert Pichot
Dramaturge / Igor Dobricic
Compositeur / Bruno Bianchi
Scénographie et conception costume / Hana Zec
Réalisation costume / Sylviane Chouteau
Création lumière / Ivan Mathis
Création vidéo / Liza Gabry
Partenaires
Coproduction : Compagnie Articule, Emmetrop, Général H Production
Ville d’Orléans, conventionnement 2006-2008
Région Centre « Aide à la création »
Ministère de la Culture/DICRéAM « Aide à la maquette »
ADAMI « Aide au spectacle vivant »
Conseil Général du Loiret
Association « Le 108″
La pièce
Dans ce projet, Jasmina Prolic et Hubert Pichot collaborent autour de la recherche d’un nouveau langage combinant en temps réel le son, l’image, la lumière et la danse, grâce à l’utilisation de capteurs (capteurs de pression, de flexion, accéléromètres). Sur le thème du conflit, au travers du jeu de pouvoir des sexes, ils imaginent un duo entre un homme et une femme d’une part, entre le corps et la technologie d’autre part.
« La forme même de la pièce peut troubler au premier abord : ce mélange entre la danse, dont on a habituellement une image plutôt charnelle, et les nouvelles technologies, avec leur aspect déshumanisé, est en effet assez déroutant. Pourtant, la relation qui se crée au fil de la pièce entre les deux interprètes et entre les deux disciplines est tellement humaine (dans le sens « propre à l’Homme ») que ce trouble se transforme rapidement en curiosité pour ce qui est en train de se construire, puis en complicité avec ces deux « personnages » qui vivent une expérience finalement universelle.
Le dialogue se noue peu à peu, dans la douceur mais aussi dans la violence, comme toute relation humaine, si difficile et pourtant si indispensable. » A.D.
Lui, Elle : “Je pouvais mettre ma main dans sa main, sur son épaule, sur sa joue, elle continuait de dormir. Je pouvais prendre sa tête, la renverser, la poser contre mes lèvres, entourer mon cou de ses bras, elle continuait à dormir comme une montre qui ne s’arrête pas, comme une bête qui continue de vivre quelque position qu’on lui donne, comme une plante grimpante, un volubilis qui continue de pousser ses branches quelque appui qu’on lui donne. Seul son souffle était modifié par chacun de mes attouchements, comme si elle eût été un instrument dont j’eusse joué et à qui je faisais exécuter des modulations en tirant de l’une, puis de l’autre de ses cordes, des notes différentes.” Marcel Proust, La Prisonnière
Note d’intention
«La grande question… à laquelle je n’ai jamais pu répondre en dépit de mes trente années de recherche dans l’âme féminine, est « que veut la femme ? » » Sigmund Freud
Selon Peggy Phelan, théoricienne féministe de la performance et auteur américaine, la question de l’identité féminine et de l’absence de réponse définie à ce sujet, résulte du fait que la distribution des pouvoirs privilégie la perspective masculine, c’est-à-dire que la question du sens du désir de la femme est toujours posée d’un point de vue masculin.
En d’autres termes, quand Freud, à la fin de sa carrière, se pose lui-même la question « que veut la femme ? » et qu’il admet son incapacité à y répondre, de fait il ne fait que réaffirmer sa supériorité de genre. En soulignant que le genre féminin est exclu des frontières du savoir en tant qu’entité inconnue, il rend la féminité invisible et dénuée de pouvoir.
Comme Phelan le met en relief, réduite au silence, privée de parole et d’articulation, la femme reste à jamais imperceptible, «UNMARKED» (titre du dernier livre de Peggy Phelan). Elle devient un point aveugle dans le champ de vision unique de l’homme, un écran vide des projections érotiques et paranoïaques de l’homme, une silhouette ombrée et étrange dont le désir dépend du désir de «son créateur», l’homme.
Dans mon nouveau travail, basé sur mon expérience privée et professionnelle de danseuse et chorégraphe, j’ai voulu essayer de porter ce jeu de pouvoir des sexes sur scène.
J’ai voulu créer ma propre femme, et rendre le corps imperceptible, «UNMARKED», visible pour le public alors qu’il résiste à toutes les projections masculines. J’ai même souhaité aller au-delà et présenter un duo dans lequel mon partenaire (masculin) n’est présent que par son absence, et que mon absence (en tant que femme) est seule présente sur scène. J’ai voulu inverser les rôles des sexes afin d’inciter le public à faire appel à son imaginaire alors qu’il regarde mon corps de femme se mouvoir pour entrer dans un univers parallèle dans lequel une sorte de version « femelle » de Sigmund Freud pourrait conclure :
« La grande question…à laquelle je n’ai jamais pu répondre en dépit de mes trente années de recherche dans l’âme MASCULINE est « que veut L’HOMME? »".
Pour réaliser ce projet, je me suis référé à deux textes théâtraux classiques : Roméo et Juliette de Shakespeare et Miss Julie de Strindberg. Ces deux textes parlent essentiellement de la relation entre érotisme et politique. Ils utilisent le champ de bataille de la guerre des sexes comme incarnation des champs de bataille sociaux et politique en général. Ces deux textes sont par essence des duos mâle-femelle, représentant le jeu des pouvoirs politiques et existentiels comme processus de déconstruction à l’intérieur même de deux corps isolés. Par ailleurs, je remarque que la similitude des prénoms des deux personnages féminins, Julie(t), n’est pas accidentelle.
Les deux Julie(t) représentent deux périodes historiques de jeux de pouvoir identiques.
La première période, celle de Roméo et Juliette, appartient au pré-moderne, celle de l’idéal pervers où l’invisibilité féminine était liée à l’état d’innocence infantile. La seconde période, de Miss Julie, se situe au déclin de l’âge moderne où l’innocence de la femme n’est plus la garantie de son invisibilité et que de nouvelles stratégies de réponses violentes et érotiques appliquées à son corps pour la maintenir à sa place cachée.
La question qui m’anime est alors : si l’innocence et l’érotisme étaient autrefois signes de soumission/rébellion, que puis-je dire aujourd’hui du champ de bataille politique au milieu duquel mon corps de femme se trouve ? Qui est Miss Julie(t) aujourd’hui ?
Pour explorer cette période post-moderne de l’émancipation-autodestruction, j’ai souhaité utiliser les nouvelles technologies pour créer « l’absence » de mon partenaire masculin sur scène, à travers la manipulation sonore et vidéographique. En ce sens, j’ai imaginé un duo non pas avec un danseur mais avec le monde «high-tech» masculin.
Jasmina Prolic
Sur le thème du conflit, au travers du jeu de pouvoir des sexes, Jasmina Prolic et Hubert Pichot, spécialiste des nouvelles technologies, ont imaginé un duo entre un homme et une femme d’une part, entre le corps et la technologie d’autre part. Dans ce duo, l’homme intervient au travers des outils qu’il dirige, les capteurs. Sa présence sur scène est suggérée et le duo est alors « in absentia » – « en absence ». Grâce à ce dialogue en temps réel entre le monde technologique et le monde artistique, ils projettent une double écriture, chorégraphique et musicale. Le corps de la danseuse interprète simultanément une partition chorégraphique et une partition musicale. Il devient un instrument de musique vivant.
Cette création s’inscrit dans la continuité du travail de Jasmina Prolic, dans lequel on remarque une constante préoccupation et interrogation sur les sujets qui la touchent de près : le monde dans lequel on vit, l’être, l’existence et la relation à l’autre.
Description du dispositif
Dans le spectacle, la danseuse est dans une relation à son partenaire basée sur les interactions qu’elle déclenche ou subit. La construction de la pièce s’appuie sur des phases de contrôle du programme informatique tantôt par les gestes de la danseuse, alors libre de ses expressions, tantôt par l’artiste multimédia qui à sa guise peut influer sur le dispositif directement par le clavier. La relation entre les deux personnages se manifeste donc au travers de la danse, mais aussi grâce aux différents média (son, vidéo, lumière). Les réponses – sonores ou visuelles – aux signaux captés par les mouvements deviennent les expressions du partenaire absent.
Jasmina Prolic est équipée, à même le corps, de capteurs qui réagissent à sa danse, et envoient des signaux, via un système WIFI (WiSe Box), à l’un des ordinateurs de Hubert Pichot. Il utilise un programme informatique (Max/MSP,Jitter de Cycling 74) qui permet en temps réel de relier ces signaux aux différents média.
Les différents effets, qu’ils soient sonores, visuels ou mécaniques, sont rangés dans une bibliothèque et sont rappelés en fonction des gestes. Ces bibliothèques sont énormes et sont bornées en fonctions des scènes.
L’objectif du projet a été de coordonner la reconnaissance des gestes à une bibliothèque de chaque médium, ce afin de libérer l’expression corporelle dans un cadre.
Chaque medium a été mis en relation avec le mouvement : chaque mouvement déclenche un ou plusieurs phénomènes.
Les différentes phases d’expérimentation ont permis de constituer progressivement une bibliothèque de sons et d’images coordonnée à des gestes prédéfinis.
L’objectif, tout au long de la création, a été d’affiner la reconnaissance du geste grâce à des objets développés par l’IRCAM : MnM (Music is not Mapping), FTM (Faster than Music).
La réalisation de ces liens a permis de créer par le biais du geste des liens entre la bibliothèque sonore et la bibliothèque visuelle.
Grâce à l’interface du corps de la danseuse, il s’agit de lier le sens de l’ouie et celui de la vue.
La reconnaissance des gestes a été essentielle car elle permet au danseur de déclencher des phénomènes par une série de gestes et non plus sur un geste précis, lui laissant ainsi l’illusion d’être en dehors d’un cadre de programmation.
Comme la liberté ne se conçoit que dans un cadre régit par des lois, il en est de même pour la liberté du geste du danseur augmenté de capteurs.
En tournée
15-16 Janvier 2009
Le Nadir/Friche l’Antre-peaux, Emmetrop – Bourges
25 septembre 2008
Festival ZVRK, Théâtre National – Tuzla, Bosnie-Herzégovine
23 septembre 2008
Festival ZVRK, Théâtre National – Banja Luka, Bosnie-Herzégovine (2 représentations)
17 septembre 2008
Festival ZVRK, Théâtre SARTR – Sarajevo, Bosnie-Herzégovine
31 mai 2008
Dance Week Festival – Rijeka, Croatie
29 mai 2008
Dance Week Festival – Zagreb, Croatie
21 et 22 Février 2008 : Premières
Maison des Arts et de la Musique de Saint Marceau – Orléans
2006-2008 : Résidences de création
Emmetrop à Bourges, Théâtre Gérard Philipe à Orléans, Maison d’Europe et d’Orient, CCN d’Orléans, CDN d’Orléans, « 108″ rue de Bourgogne, MAM de Saint Marceau
